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Occasions de placement pour une économie carboneutre

Finance durable 03 mai 2022
Finance durable 03 mai 2022

 

Au cours de la dernière décennie, les discussions sur l’investissement dans un avenir durable ont considérablement changé. L’accent est désormais mis sur l’occasion unique à saisir plutôt que sur l’évitement des risques, selon les participants au congrès mondial de l’Institut Milken.

La table ronde, intitulée Occasions de placement pour une économie carboneutre, mettait en vedette Dan Barclay (chef de la direction de BMO Marchés des capitaux), Giulia Chierchia (vice-présidente à la direction, stratégie, durabilité et filiales au sein de la société pétrolière BP), Edwin Conway (chef mondial, fonds alternatifs, Blackrock), John Graham (président et chef de la direction, Investissements RPC), Raymond Sagayam (chef des placements, titres à revenu fixe, Pictet Asset Management) et était animée par Hiromichi Mizuno (Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour les financements innovants et les investissements durables).

Les sociétés réalisent désormais que les rendements supérieurs à ceux du marché, davantage que la conformité stricte à la réglementation, constituent un puissant catalyseur de changement. « Il s’agit de la meilleure occasion qui s’est présentée au cours de ma carrière », affirme Dan Barclay, faisant écho aux remarques d’autres participants à la table ronde. « Nous avons observé davantage de changements climatiques durant les 12 derniers mois qu’au cours des 20 dernières années. »

Le changement soudain de la façon dont les investisseurs institutionnels perçoivent la durabilité témoigne de l’évolution du système de récompense lié à la transition verte. « Les régimes incitatifs, contrairement aux régimes de sanctions, accélèrent le changement », explique M. Barclay. « Les discussions sur cette occasion constituent un catalyseur de changement, comme nous avons pu le constater au cours des dernières années. Un catalyseur extrêmement puissant! »

Au cours des prochaines années, les occasions liées à la transition nécessiteront des investissements de billions de dollars, ce qui représente « le plus important mouvement de capitaux de notre vivant », selon M. Barclay. Ce mouvement comporte toutefois des risques – et des pertes – mais BMO et d’autres institutions financières s’engagent à favoriser une transition vers une économie à faibles émissions de carbone. « Notre mission consiste à fournir les meilleurs conseils possibles aux clients », affirme-t-il. « La transition s’opère réellement chez les clients, et les banques facilitent celle-ci. »

Effectuer une telle transition – sur laquelle repose la raison d’être de BMO – est toutefois plus facile à dire qu’à faire. Alors que de plus en plus de sociétés et d’investisseurs mettent l’accent sur la durabilité, une résistance croissante au changement a été observée au cours des derniers mois. La hausse de l’inflation, la flambée des prix pétroliers et l’invasion russe en Ukraine ont notamment incité certains gouvernements à rétracter ses engagements climatiques et la tarification du carbone. « Une tarification du carbone élevée est probablement le plus important catalyseur mondial sur le plan des changements climatiques », déclare M. Barclay. « Pourtant, nous l’abaissons le plus possible, faisant ainsi reculer la transition. L’opportunisme politique se fait aux dépens du climat. »

Meilleure déclaration

Les gestionnaires d’actifs font face à un autre défi au moment de repérer des investissements verts répondant également à leurs obligations fiduciaires (maximiser les rendements et minimiser les risques) : l’absence de normes de déclaration des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). « La transparence et la comparabilité sont essentielles », souligne M. Barclay.

John Graham (gestionnaire de régimes de retraite publics chez Investissements RPC) a indiqué que seulement 35 % des sociétés de son important portefeuille publient des données sur leurs émissions de carbone. M. Barclay ajoute que ce pourcentage est sans doute inférieur à l’échelle des clients de BMO. Néanmoins, BMO juge important de s’engager publiquement à atteindre la carboneutralité. « Si vous ne montrez pas la voie, il est difficile pour [les émetteurs] d’amorcer un changement », affirme M. Barclay.

En tant que gestionnaire de titres à revenu fixe, Raymond Sagayam (Pictet) met l’accent sur l’importance des obligations dans le cadre de la transition. Malgré l’absence de normes de déclaration, les obligations vertes et ESG représentent l’engagement des émetteurs à l’égard du changement. Les investisseurs ne font pas des placements risqués simplement par altruisme. La « prime verte » – soit la différence entre les rendements des obligations vertes et des obligations régulières – est actuellement infime, déclare M. Barclay.

« Nous ne subventionnerons aucun placement pour une prime verte », a ajouté M. Graham (RPC), soulignant que chaque décision prise par son organisation est encadrée par son mandat, pour maximiser les rendements tout en évitant un risque de perte indu. Cela dit, RPC s’est engagée à atteindre la carboneutralité d’ici 2050 pour l’ensemble de son portefeuille et d’ici l’an prochain dans le cadre de ses opérations.

Dans certains secteurs, il sera plus difficile de réduire l’intensité carbone. Les pays en développement – où les deux tiers des placements liés à la transition doivent être effectués, selon l’OCDE – affichent des profils de risque peu attrayants pour de nombreux investisseurs. M. Graham souligne toutefois que cela ne signifie pas qu’il n’y a aucune occasion à saisir. Selon lui, l’engagement lié à la carboneutralité est comparable à « une inscription à un marathon en deux heures » – un exploit qu’il n’a pas encore été accompli. « Il s’agit d’un excellent objectif que nous souhaitons accomplir, mais il reste encore beaucoup de chemin à faire », affirme-t-il. « En tant qu’investisseurs, nous cherchons à mettre en place un plan crédible. »

Nouvelles occasions à saisir

Les infrastructures vertes, particulièrement la séquestration du carbone, représentent une occasion de placement inexploitée, en partie parce que le modèle économique n’a pas été démontré. « Nous avons certains projets importants, qui feraient une grande différence à l’échelle mondiale, mais il y a quelque chose qui cloche », indique M. Barclay. « Comment déterminer si une occasion est sûre, qui la financera et qui bénéficiera des rendements obtenus? Cette dynamique constituera l’un des principaux obstacles. Nous n’abordons pas cette question sous le bon angle, mais il s’agit de la situation actuelle. »

À cette fin, BMO a créé l’Institut pour le climat de BMO afin de réfléchir à ces enjeux importants et d’informer ses clients internes et externes de façon objective.

Pour conclure la discussion, l’animateur Hiromichi Mizuno a demandé à chaque conférencier de cerner la plus intéressante occasion à court terme. M. Conway a mentionné les placements numériques verts, tandis que John Graham (RPC) a souligné les nouveaux minéraux nécessaires à l’électrification du système énergétique. M. Barclay a mentionné les sources d’énergie émergentes comme l’hydrogène. « Celle-ci se positionnera naturellement, particulièrement si une tarification du carbone s’applique sur le marché. Si nous pouvons mettre cela en place, il s’agira d’une occasion extraordinaire. »

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Dan Barclay Chef de la direction, BMO Marchés des capitaux

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