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Financement commercial : vers le développement durable, une entreprise à la fois

 

L’intérêt pour le développement durable qui déferle sur la planète a pris une importance considérable pour l’une des plus anciennes activités du monde, soit celle du financement commercial, qui récompense désormais les entreprises présentant les meilleures pratiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) et pousse celles qui accusent encore du retard à changer leurs habitudes.

Jusqu’à tout récemment, les normes ESG et de développement durable étaient vues comme un plus; elles sont aujourd’hui incontournables pour les entreprises souhaitant rester dans le coup. Les entreprises qui ont recours à la chaîne d’approvisionnement mondiale ne font pas exception, et les banques sont prêtes à récompenser celles qui se dotent des meilleures pratiques en leur offrant des conditions de financement plus favorables.

« Les clients nous parlent de plus en plus des enjeux ESG et nous demandent de les soutenir dans leurs efforts », explique Isabela Mendes, directrice et chef, Commerce international de BMO Marchés des capitaux aux États-Unis. « Aujourd’hui, les entreprises commencent à demander à leurs fournisseurs de se doter d’un minimum de pratiques ESG. D’ici quelque temps, elles voudront être en mesure de vérifier que leurs fournisseurs respectent bel et bien ces principes ESG ». 

La tendance est relativement nouvelle, mais elle prend rapidement de l’ampleur dans le domaine du financement commercial et de la chaîne d’approvisionnement; il s’agit d’un secteur de plus de 7 000 milliards de dollars qui continue de se développer et qui existe, sous une forme ou sous une autre, depuis des siècles, soit depuis l’apparition des factures (des billets à ordre, à l’époque) sur tablettes d’argile. 

Le financement de la chaîne d’approvisionnement durable (connu sous l’acronyme anglais SSCF, pour Sustainable Supply Chain Finance) est conçu pour harmoniser et intégrer les critères de rendement ESG aux programmes de financement de la chaîne d’approvisionnement, en permettant aux acheteurs mondiaux de récompenser les fournisseurs affichant les meilleurs résultats en matière de développement durable en leur offrant des avantages concrets (de meilleurs taux d’escompte, par exemple).

Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement représentent 90 % des gaz à effet de serre totaux des entreprises, selon les chiffres de l’agence américaine de protection de l’environnement, le bilan ESG des fournisseurs commence à être utilisé pour séparer le bon grain de l’ivraie, et ceux qui ne prennent pas ces enjeux au sérieux s’en ressentiront durement. 

« Les entreprises sont en train de comprendre l’importance, à la fois pour les affaires et pour la planète, de tenir compte des perceptions et des conséquences sociales et environnementales de leurs produits », explique Mme Mendes, qui souligne également qu’il est tout à fait logique de combiner les enjeux ESG au financement commercial, dans la mesure où le développement durable est en train de devenir un impératif juridique, alimenté par les exigences des actionnaires et par les incitatifs financiers.

Tout le monde est gagnant 

Le rapprochement des enjeux ESG et du financement de la chaîne d’approvisionnement est avantageux à la fois pour les acheteurs et pour les fournisseurs : les premiers bénéficient d’une chaîne d’approvisionnement plus durable et les seconds reçoivent une part plus élevée de ce qui leur est dû et plus tôt. Le réseau d’entreprises durables et conseiller en développement durable BSR, estime que le marché du financement de la chaîne d’approvisionnement durable représente une occasion de 660 milliards de dollars, indique Mme Mendes. 

« Les acheteurs veulent plus de transparence sur la chaîne d’approvisionnement et, en atteignant leurs propres objectifs ESG, ils peuvent à leur tour aider toute la chaîne d’approvisionnement à progresser sur la voie du développement durable », ajoute-t-elle, en soulignant à quel point les entreprises misent désormais sur les questions ESG pour réduire leurs risques et qu’elles sont en outre de plus en plus nombreuses à vouloir faire le bien. « Le financement de la chaîne d’approvisionnement durable attribue une valeur aux efforts déployés par les fournisseurs pour adopter des pratiques plus durables et les incite à apporter des améliorations ».

Selon PwC, 83 % des consommateurs estiment que les entreprises devraient contribuer activement à la mise en place des meilleures pratiques ESG et 91 % des dirigeants d’entreprises pensent que leur entreprise a la responsabilité d’agir sur les enjeux ESG.

Le financement de la chaîne d’approvisionnement durable fonctionne de la même façon que le financement de la chaîne d’approvisionnement traditionnelle, en ce sens que les fournisseurs ont la possibilité de vendre leur facture à une banque moyennant un escompte avant que l’acheteur ne doive la payer. Par exemple, si le paiement doit se faire à 180 jours, mais que le fournisseur a besoin d’argent plus tôt, il peut demander à la banque de l’acheteur d’acheter la facture moyennant un escompte. À l’issue des 180 jours, l’acheteur paiera le plein montant à la banque. Dans le cas du financement axé sur le développement durable, le montant de l’escompte variera en fonction des pratiques ESG du fournisseur, explique Mme Mendes. 

L’entreprise qui respecte entièrement les principes ESG, par exemple, peut économiser 25 points de base en moyenne par rapport à ce qui lui en coûterait si ses pratiques ESG ne sont pas prises en compte. D’ailleurs, en moyenne, les programmes de financement axés sur les enjeux ESG ont atteint une réduction d’écart de 25 % par rapport aux produits de financement comparables non axés sur les enjeux ESG. Même si 25 points de base peuvent ne pas sembler beaucoup, beaucoup de ces fournisseurs attendent après des millions de dollars de facturation et toutes ces petites économies s’accumulent. « En fonction du volume, cela peut donner lieu à des économies significatives pour le fournisseur », explique Sunil Gupta, directeur, Financement commercial et de la chaîne d’approvisionnement – Solutions de trésorerie et de paiement. 

Plus facile à dire qu’à faire

S’il est désormais acquis que les entreprises ne peuvent plus faire l’impasse sur les enjeux ESG, il n’est pas si facile de mettre en place des mesures de développement durable à l’échelle de la chaîne d’approvisionnement mondiale, compte tenu de toutes les entreprises et de tous les pays qui la composent. 

À l’heure actuelle, il n’existe pas de normes mondiales permettant de déterminer à partir de quel moment on peut considérer que les normes ESG d’une entreprise sont suffisantes; il est donc difficile pour une banque d’appliquer les mêmes critères à l’ensemble des entreprises. Dans la plupart des cas, pour établir son escompte, la banque se fondera sur une évaluation du rendement ESG du fournisseur qui aura été réalisée par un tiers. 

« Les banques ne disposent pas de critères communs, ce qui signifie que beaucoup des programmes de financement ESG mis en place dépendent des critères de l’acheteur », explique M. Gupta. « C’est largement une question d’opinion et les décisions sont prises au cas par cas en fonction de la situation particulière des acheteurs et des fournisseurs. Donc, en tant que banque, nous soutenons les clients sur la base de leurs exigences individuelles ».

Il existe toutefois certains indicateurs uniformes qu’il conviendrait d’appliquer aux chaînes d’approvisionnement durables. Pour déterminer si une entreprise a des pratiques ESG acceptables, on pourra par exemple s’assurer qu’elle ne fait pas travailler les enfants; qu’elle réduit tous les ans ses émissions de carbone ou qu’elle parvient à la carboneutralité; qu’elle dispose de politiques anticorruption; qu’elle offre de l’eau potable à ses employés; ou qu’elle observe la parité entre hommes et femmes au sein de la direction ou parmi ses employés. 

« Les émissions de carbone sont par exemple mesurables, et toutes les entreprises peuvent contribuer. C’est quelque chose que nous pouvons contribuer à changer », explique Mme Mendes. 

Les moteurs du changement

Pour déterminer si leurs fournisseurs atteignent les cibles, les acheteurs peuvent également faire appel à des entreprises indépendantes qui évalueront les pratiques ESG de chacun. Dans de nombreux cas, ces entreprises iront visiter les installations des fournisseurs et vérifieront si ceux-ci prennent véritablement des mesures pour améliorer leurs pratiques ESG. S’ils parviennent à convaincre 20 fournisseurs de réduire leur empreinte carbone (une priorité pour les acheteurs) et si d’autres acheteurs en font autant, le milieu des affaires pourrait contribuer sérieusement à faire baisser les émissions liées aux chaînes d’approvisionnement.

De nombreux acheteurs collaborent également avec les banques à la mise en place de leur propre plateforme. Mme Mendes cite l’exemple d’une grande entreprise agricole qui a développé une plateforme qui effectue un suivi actif de différents indicateurs de développement durable, du fournisseur (l’agriculteur) jusqu’à l’acheteur final; cela permet de savoir à quel point les produits sont durables. De plus, pour figurer sur la plateforme, les fournisseurs doivent respecter certains seuls environnementaux et sociaux.

« À long terme, cela va permettre à l’agriculteur d’améliorer sa production », explique-t-elle. « Tous les éléments figurant sur la plateforme sont mesurables et vérifiables et ils ont un effet sur l’achat et sur la vente du produit ».

Si le financement axé sur les enjeux ESG aide les fournisseurs à adopter des pratiques plus durables, il permet également aux acheteurs de choisir de meilleurs fournisseurs. Les fournisseurs sont tellement nombreux que les acheteurs et les banques peuvent récompenser ceux qui adoptent les meilleures pratiques, indique M. Gupta. De leur côté, les fournisseurs qui perdent des contrats seront davantage incités à évoluer pour ne pas risquer de devoir mettre la clé sous la porte. 

« Si un acheteur a 20 fournisseurs, il peut décider de la cible à atteindre et indiquer à ses fournisseurs que, s’ils atteignent un certain niveau de réduction de leurs émissions de CO2, par exemple, ils pourront bénéficier de tarifs préférentiels », explique-t-il. « C’est ce qui incite nombre de ces fournisseurs à faire des changements ».

Juste le début

L’adoption de pratiques ESG est devenue une question de survie pour les entreprises. Pour leurs actionnaires, le non-respect des principes ESG constitue un risque à la fois commercial et juridique. Quant aux autorités de réglementation, elles demandent désormais aux entreprises de publier leurs indicateurs de développement durable. Les banques, pour leur part, souhaitent de plus en plus se servir du financement pour inciter les entreprises à adopter des pratiques ESG.

Ce n’est toutefois que le début, prévient Mme Mendes. Jusqu’à présent, c’est l’Europe qui est la championne du financement de la chaîne d’approvisionnement durable, mais l’Amérique du Nord devrait finir par combler son retard. BMO Marchés des capitaux a régulièrement des conversations avec des clients sur la manière d’offrir à leurs fournisseurs du financement axé sur les enjeux ESG, par exemple. Plus les entreprises offriront ce type de financement, plus vite les chaînes d’approvisionnement deviendront durables.

L’arrivée de ces changements dans le domaine du financement commercial est significative. Le financement commercial ou de la chaîne d’approvisionnement a des effets sur tous les effets de la vie et des affaires, de l’alimentation à la fabrication, en passant par la consommation, la distribution et l’exploitation minière, pour ne donner que quelques exemples. Il joue un rôle essentiel dans l’économie mondiale, comme on a pu le constater avec les problèmes d’approvisionnement provoqués par la pandémie et qui ont contribué à propulser l’inflation à des niveaux qu’on n’avait pas vus depuis des décennies.

« Il faut commencer quelque part et nous n’en sommes qu’au début », indique Mme Mendes. « Il est très important de disposer du financement nécessaire pour construire des entreprises plus solides et plus durables et les acheteurs et les fournisseurs devront absolument pouvoir compter les uns sur les autres ». 

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Isabela Teixeira Mendes Chef, Commerce international – États-Unis
Sunil Gupta Directeur, Financement commercial et de la chaîne d’approvisionnement Solutions de trésorerie et de paiement

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